Au camp de Choucha à la frontière lybienne, des milliers de réfugiés ont été accueillis par la Tunisie. Malgré les souffrances physiques et morales que peuvent engendrer un camp, la plupart des réfugiés veulent garder leur dignité. Cela passe par l'hygiène bien sûr mais aussi par une tenue vestimentaire « soignée ». L'apparence est primordiale dans ce genre de camp, cela donne une impression de bien-être. « Le temps à l'air moins long mieux habillé ! » me dira en souriant, un réfugié ghanéen. Nous sous-estimons trop souvent la part psychologique que peuvent avoir les vêtements et donc l'apparence. Des distributions improvisées de vêtements, provenant de dons, ont permis aux milliers de réfugiés de jouer avec les couleurs, d'afficher des grandes marques, de garder un style ou tout simplement de rester digne.

* Lauréat 2011 Polka /SFR jeunes talents

Au point de passage de la frontière tuniso-libyenne, des milliers de ressortissants étrangers fuient la Libye en proie à la guerre civile. La Tunisie a décidé d'acceuillir cette population. C'est la première fois que ce pays est confronté à ce genre d'évènement. Installés au camp de Choucha, les migrants sont pris en charge. Commence alors une longue attente pour ces 17 000 migrants de 14 nationalités différentes, et une course contre la montre pour l'OIM (Organisation internationale pour les migrations), en charge de les acheminer vers leurs pays. Mais, manquant de moyens, l'OIM évacue au compte-goutte. Les appels pour un départ sont de plus en plus rares, les files d'attente pour un plat chaud de plus en plus longues, l'inquiétude et le sentiment d'être oubliés de plus en plus présents... Entraînant chez les ressortissants un désespoir grandissant qu’ils expriment au cours de manifestations, à la fois spontanées et virulentes.
Depuis 2008, Alice est confrontée à une baisse de revenu. Trente ans, diplômée en architecture d’intérieur et décoratrice dans l’audiovisuel, elle est directement touchée par les restrictions budgétaires de son milieu professionnel, dues à la dernière crise économique. Avant cette crise, Alice menait déjà une vie modeste. désormais, avec un salaire mensuel moyen de 1400 euros, même si elle est célibataire et sans enfants, elle doit réduire certains budgets. Il n’est pas question pour elle de déménager de son deux pièces parisien ou de réduire ses sorties : « J’ai privilégié l’habitat et ma vie sociale à mon assiette. ça peut paraître incohérent, mais c’est pour moi le socle d’une vie équilibrée. » Ce n’est pas la quantité qui change dans l’assiette d’Alice, mais la façon de faire son marché. Alice est devenue depuis la fin 2008 une « glaneuse ». Les glaneurs sont les gens qui ramassent de la nourriture à la fin des marchés. Un phénomène qui s’est étendu depuis la dernière crise (rapport du centre d’étude et de recherche sur la philanthropie - 2009). Le glanage touchait les plus nécessiteux, désormais il touche des travailleurs. « C’est à chaque fois 10 à 15 euros de gagné, cela fait environ 100 euros par mois. c’est une économie importante ! » dit Alice. Elle s’est vite habituée à ramasser des fruits et légumes à même le sol. Les regards indiscrets ne la gênent plus, mais elle ajoute tout de même : « j’espère que je n’aurai pas à faire ça toute ma vie ! »
Francis Bourjot est unique en France, voire en Europe et dans le monde. Ce lapidaire-tourneur, dont l'atelier est situé en région parisienne, a reçu plusieurs prix prestigieux. Son métier est l'art de travailler les pierres semi-précieuses. Avec du porphyre d'Egypte, du quartz rose, du jaspe arborisé, du cristal de roche, du lapis-lazuli, il rend la splendeur à des objets rares et précieux. « Un sultan voulait que l’on reproduise une assiette en cristal de roche. Il s’est donc adressé à une entreprise allemande qui travaille avec des machines assistée par ordinateur puisqu’elle ne dispose évidemment pas d’un artisan. Le travail été vite fait, mais la machine, idiote, a reproduit sur les douze assiettes le défaut qu’avait l’assiette modèle… Naturellement, le sultan a refusé la livraison et il s’est alors adressé à notre petite taillerie. J’ai fait les douze assiettes sans aucun problème… » raconte Francis. Il ne voudrait pas voir disparaître son métier. C'est pourquoi il se bat pour obtenir de l'Education nationale les moyens de délivrer une formation valorisante et enrichissante à des jeunes en grande difficulté scolaire et pour sauver le métier de lapidaire-tourneur. « Si nous laissons les métiers artistiques s'éteindre, nous perdrons notre identité. Les créations d'aujourd'hui seront les oeuvres d'art de demain.»